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Message du directeur

La période du prochain contrat quadriennal sera pour le Laboratoire d'Informatique de l'École Normale Supérieure particulièrement importante. Le point de départ de ce contrat, le 1/1/98, coïncidera en effet avec la date du dixième anniversaire de la création du LIENS : si la mise en place du Département de Mathématiques et d'Informatique de l'ENS s'est faite dans le courant de l'année 1986, c'est seulement en 1988 que le LIENS est passé du statut de Jeune Équipe à celui d'Unité de Recherche Associée. Cette URA a été à deux reprises renouvelée pour quatre ans au 1/1/92, puis au 1/1/96. Nous choisissons d'écourter cette dernière période de quatre ans en sollicitant, dès le 1/1/98, le statut d'Unité Mixte de Recherche.

L'approche de son dixième anniversaire a été, pour le LIENS, l'occasion d'une intense réflexion menée dans trois directions.

Réflexion sur la thématique d'abord. L'environnement de l'École Normale Supérieure et l'intégration dans un département commun avec les mathématiciens conduisait naturellement au développement de thèmes relevant de l'informatique fondamentale : sémantique et algorithmique. Compte tenu de ce positionnement amont dans la discipline, le Laboratoire risquait ainsi d'apparaître comme un rassemblement de chercheurs concentrés sur quelques thèmes d'informatique théorique et qui, à la limite, pouvaient indifféremment trouver leur place au sein d'un Laboratoire d'Informatique ou d'un Laboratoire de Mathématiques. Fort heureusement, cette vision de notre Laboratoire n'a jamais correspondu à la réalité. On le doit, je crois, à la qualité des chercheurs et des doctorants qui ont su organiser et renouveler des groupes thématiques actifs et, pour la plupart, ouverts aux collaborations et aux applications. Malgré tout, la nécessité de nouveaux thèmes, en phase avec les enjeux de l'informatique moderne est apparue à tous.

Réflexion sur le rôle du Laboratoire, en second lieu : il n'allait pas de soi qu'il y eût, à l'École Normale Supérieure, un Laboratoire d'Informatique. L'ENS n'est pas une école d'ingénieurs et le LIENS y est la seule unité relevant du secteur SPI. A l'évidence, la création du Laboratoire n'a été possible que grâce à la clairvoyance du directeur de l'ENS de l'époque, à l'appui du CNRS et à la fructueuse association avec les mathématiciens. Avec évidemment l'ambition d'attirer vers la discipline informatique une partie des élèves de l'École et d'irriguer ainsi, à l'image de ce qui se fait en mathématiques, en physique, en philosophie, en lettres et dans d'autres spécialités, les universités et les institutions de recherche du pays. Le fait d'appartenir, avec seulement dix ans d'âge, à une institution deux fois centenaire et qui reste, objectivement, la plus sélective des grandes écoles scientifiques, est la source de nombreuses exigences. Exigence de qualité tout d'abord : il ne peut y avoir à l'ENS qu'une recherche qui se place au premier plan de la compétition internationale ; à cet égard, les comités successifs qui ont eu à examiner l'activité du Laboratoire ont convenu que le LIENS a, depuis l'origine, tenu son rang. Exigence aussi d'exemplarité : il s'agit d'attirer les jeunes normaliens vers les métiers de la recherche en montrant la richesse et la diversité de leur pratique. Il s'agit aussi d'insister sur la spécificité de l'informatique et du secteur SPI : présence de nombreux doctorants dans les laboratoires, importance des applications, relations contractuelles nombreuses avec des partenaires institutionnels ou privés. Le LIENS n'a évidemment pas vocation à attirer tous les élèves de l'ENS qui choisissent l'informatique et il n'accueille d'ailleurs pas que des élèves de l'École. Il n'en reste pas moins que la présence d'équipes qui n'assurent pas l'encadrement de thèses ou qui n'ont pas d'activité contractuelle pose problème. Ce point a été souligné dans le précédent examen à quatre ans du Laboratoire et est à rapprocher de la relative stabilité du nombre d'élèves de l'ENS qui optent pour l'informatique. De fait, l'augmentation du nombre de ces élèves est un des enjeux majeurs pour les informaticiens de l'ENS.

Réflexion sur les structures enfin. Par son appartenance au Département de Mathématiques et Informatique de l'ENS, le LIENS doit respecter une règle de fonctionnement particulière dite «règle des dix ans» qui limite à dix années la durée maximale pendant laquelle un chercheur ou un enseignant-chercheur peut demeurer au DMI. Cette règle, doublement singulière, puisque n'ayant d'équivalent ni dans les autres laboratoires ou universités français ni dans les autres départements de l'ENS, est issue de la tradition éminente et spécifique de l'École mathématique française, elle-même indissolublement liée à l'École Normale. Assez naturellement, la réflexion sur les conséquences de cette règle pour les informaticiens ne s'est développée qu'à mesure qu'on s'approchait de la dixième année du LIENS. Ceci d'autant plus que les très nombreux départs de chercheurs avant le terme des dix ans, conséquences d'une mobilité «naturelle» vers d'autres laboratoires, occultaient la nature des problèmes liés à l'application mécanique de la règle à des situations individuelles. Il est apparu en effet que l'organisation de la communauté informatique différait largement de celle des mathématiciens : influence bien plus considérable des EPST, CNRS et INRIA ; caractère plus collectif de la recherche ; coût plus élevé des équipements ; recours aux financements contractuels etc. De fait, l'environnement des informaticiens, tout en prenant acte de la règle des dix ans, ne la prenait pas réellement en compte. L'attention de nos autorités de tutelle a été alors attirée sur la question. Par ailleurs, au niveau du département cette fois, de nouveaux enjeux apparaissaient, impliquant des arbitrages : pour permettre le développement indispensable des mathématiques appliquées, les informaticiens ont, volontairement, accepté de modérer le nombre de leurs post-docs et doctorants, qui conformément aux habitudes de notre communauté, avaient tendance à s'aggréger facilement à un laboratoire attractif. Enfin, les pouvoirs publics, conscients de l'importance de l'informatique, faisaient dans le même temps évoluer le paysage en amont : en septembre 1995, une véritable introduction à l'informatique, considérée comme science et non comme simple moyen de calcul, fut proposée à une partie des élèves des classes préparatoires aux grandes écoles. Le signataire de ce message fut d'ailleurs responsable de la sous-commission chargée d'établir le programme de cette option. Compte-tenu de tous ces éléments, se trouvait naturellement posée la question de la séparation du DMI en deux entités, l'une pour les mathématiques, l'autre pour l'informatique. Cette séparation ayant l'avantage de permettre à chaque spécialité de définir de manière autonome ses choix scientifiques et de développer des «interfaces» jusqu'alors bridées par le tête-à-tête exclusif entre informaticiens et mathématiciens.

Face à toutes ces questions, il était essentiel d'avoir un avis extérieur. Le Directeur de l'ENS prit donc l'initiative de réunir les 3 et 4 juin 1996, un groupe d'experts pour examiner l'avenir des sciences de l'information à l'ENS. Ce groupe, composé d'informaticiens choisis parmi les plus éminents de la communauté internationale et de collègues des spécialités voisines, rendit son rapport durant l'été. Son analyse confirme, une fois encore, la qualité des recherches menées au LIENS mais souligne - en même temps - la nécessité de thèmes nouveaux pour lesquels il donne même quelques pistes. C'est pour partie à cause de ce rapport que le Directeur de l'ENS a pu plaider et obtenir la création, exceptionnelle dans le contexte actuel, d'un nouveau poste de professeur d'informatique pour la rentrée 97. Le rapport a également eu pour conséquence l'approfondissement des réflexions menées au DMI sur les questions de politique scientifique et sur les questions de structures. Les perspectives pour le contrat quadriennal ont été définies par des décisions très importantes pour l'avenir prises lors du Conseil Scientifique du DMI du 15 mars dernier. Soulignons qu'une fois encore, ce conseil, principalement formé de personnalités extérieures à l'École Normale, apporte à ces décisions la garantie d'un point de vue mesuré et objectif.

Avant d'examiner ces décisions et les perspectives d'avenir, il convient de présenter brièvement le rapport scientifique qui suit et les changements intervenus au LIENS depuis la rédaction du précédent rapport il y a deux ans environ.

En se reportant au bilan scientifique, on constatera que le LIENS continue à avoir un taux élevé de publications de très haut niveau, plusieurs centaines depuis 1994. On pourra également noter la poursuite de collaborations internationales nombreuses et d'une activité contractuelle importante : participation à plusieurs projets ESPRIT et CHM, contrats avec des partenaires publics (CNET, DRET, CELAR) ou privés (BOUYGUES), organisation de nombreuses manifestations scientifiques etc.

A côté de ces éléments positifs, on pourra également observer l'évolution des effectifs du Laboratoire, plus préoccupante. S'agissant seulement des personnels du CNRS et de l'Éducation nationale, qui forment l'ossature du Laboratoire, il y a eu cinq départs contre seulement une arrivée.

Les départs sont ceux de :

L'arrivée est celle de Jean Vuillemin, prévue au 1/10/97 sur le poste de professeur créé à l'ENS.

Force est de constater que le Laboratoire a ainsi «rétréci», ceci d'autant plus que, comme on l'a déjà noté plus haut, le nombre des post-docs et des doctorants a connu une diminution comparable. Cette diminution n'est pas aussi catastrophique qu'on pourrait le penser puisqu'elle resserre le Laboratoire autour des quatre équipes les plus nombreuses qui abritent la totalité des doctorants et qui forment, comme l'a reconnu le Comité Scientifique du LIENS réuni en 1995, l'axe de la politique scientifique du Laboratoire. Une cinquième équipe comparable devrait logiquement se constituer autour de Jean Vuillemin. Cela dit, en attendant, les effectifs du LIENS ont atteint un seuil critique ; l'augmentation, prudente mais nette, du nombre de chercheurs est donc absolument nécessaire.

La diminution des effectifs, dans une conjoncture difficile, a entraîné mécaniquement une diminution des ressources, en particulier de celles provenant du CNRS. Le «soutien de base» accordé en 1997, en diminution de plus de vingt pour cent par rapport à l'année précédente, est le plus bas des dix dernières années et atteint un niveau que l'on peut qualifier de presque symbolique. Même en tenant compte des crédits d'équipement et de ceux au titre des axes prioritaires, plus élevés que l'an passé mais dont la reconduction n'est pas assurée, on arrive, pour la seconde année consécutive, à un budget d'étiage. Si elle devait se maintenir, cette situation compromettrait les perspectives scientifiques qui s'ouvrent pour le LIENS.

L'informatique à l'École Normale Supérieure est en effet à un tournant de son histoire : le Conseil Scientifique du 15 mars a décidé que le moment était venu d'envisager la création d'un véritable département d'informatique. Cette création interviendra à mi-parcours du contrat quadriennal, après une phase d'observation où les budgets des informaticiens et des mathématiciens seront tenus séparément pour procéder aux ajustements nécessaires. L'informatique est aujourd'hui l'un des moteurs de l'innovation scientifique et technique ; on s'accorde ainsi à souligner le rôle qu'a joué l'Université de Stanford dans la création de la Silicon Valley dans les années soixante-dix et dans son renouveau, aujourd'hui, dans le contexte d'Internet. Certes l'École Normale n'est pas l'Université de Stanford et la Montagne Sainte-Geneviève n'est pas la Silicon Valley. Il n'en reste pas moins que, compte-tenu de l'environnement, l'existence d'un département d'informatique autonome rue d'Ulm peut constituer, pour un investissement limité, un atout majeur. Nous comptons donc sur le soutien renouvelé de l'Éducation nationale et du CNRS. Seules des mesures d'accompagnement significatives en moyens budgétaires et en personnel permettront de relever le défi que pose la création du Département d'Informatique de l'École Normale Supérieure en l'an 2000.

Fait à Paris, le 15 juin 97,

J. Stern


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